#1 : CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCÉE (4 septembre 2019)

Chronique fiction. (*)

de François Tardif

Tout ce que je vous dirai ici est pure fiction… à moins que…

 

#1Chronique d’une mort annoncée

 

Bon. J’vais mourir moi aussi. Bientôt? Plus tard? Aucune idée. Je n’suis même pas malade et même dangereusement en santé… pourtant je sais de plus en plus que tout ne tient qu’à un fil. Mon humeur, mes liens d’amitiés, ma carrière, ma lucidité. Mais, trève de regards sombres; la mort, la disparition, l’énigme de la conscience; à quoi bon s’y attarder! L’inéluctable rend d’ailleurs maintenant mes réveils radieux alors je « testamente » ici et, quotidiennement, comme un désir d’être en écho avec moi-même, je reste en lien étroit avec cet indéfinissable infini qui m’habite bien concrètement. Je meurs donc rempli de tant de vie.

Car hier, j’ai marché jusqu’au parc, je me suis assis sur un banc pour écouter les silences ambiants. Il n’y en avait pas beaucoup. Il y a bien cette vieille dame qui crie en silence le bleu ridé de ses yeux et qui transgresse le temps et réapparait le lendemain; aujourd’hui. Je l’observe… encore, pressentant la rencontre qui nous unit. J’aime qu’elle soit là… Elle ne me voit pas mais je sais que je lui fais du bien. Les coeurs ont besoin de ne plus battre seuls, ils devinent quand les pouls s’harmonisent et ils tirent musculairement sur tout ce qu’ils peuvent pour nous arracher un sourire infinitésimal. La dame s’appelle Huguette, son coeur a tant besoin du mien inconnu.  Nourrir les oiseaux? S’assoupir sur la barque des rires des enfants? Frémir du vent qui traverse les espaces? Oui! Et mourir, comme moi, à chaque moment, voilà enfin le relâchement et le repos qui ouvre tous les espoirs. Huguette meurt. Mais Huguette vit. Voilà la leçon aujourd’hui.

 

« Monsieur »

« Oui » dis-je à cette jeune femme qui s’assoit tout près de moi sur mon banc de parc.

« Vous la connaissiez? »

« Qui? » mentis-je

« La dame qui vient de tomber… les ambulances, la police, l’attroupement, les cris… vous êtes resté là sans bouger avec ce petit sourire étrange. Vous la connaissiez la dame qui vient de… »

« Oui, très bien! » la coupais-je pour ne pas laisser le mot fatidique noircir son joli teint.

« Désolé alors! » dit la jeune demoiselle en rejoignant la foule qui se tait en cortège autour de cette inconnue qui meurt aujourd’hui, hier, demain.

 

Je marche seul, rempli maintenant d’une joie indicible. Je me terre derrière un masque froid, de peur d’alerter la ville de la soudaine harmonie qui m’envahit. Je vais mourir moi aussi. Bientôt! Je le sais profondément enfin. La chaleur du temps suspendu me ferait chanter, danser. Survolté, je ne me suis jamais senti aussi vivant. Huguette, ou peu importe son nom, m’a tout donné dans son dernier souffle. Elle a apprivoisé sa mort et la mienne annoncée dans ce dernier bout de vie si simple. Tant de jours qui restent et si peu d’Huguette. Mon coeur, doublé du sien, bat déjà à l’unisson. Mourir moi aussi alors par solidarité? Mais reste peut-être un autre coeur à arrimer. Soyons vigilants, de la mort ou de la vie qui s’approche, guettons joyeusement les pas. Prêt à tout prendre de ce qui reste à respirer, je sautille jusque chez moi.

 

Merci Huguette, grâce à ta leçon et ton partage, demain je me nourrirai l’esprit d’autres vagabondages inutiles.

(*) Toute reproduction en totalité ou en partie de ce texte est totalement interdit sans le consentement explicite et par écrit de François Tardif

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